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André Breton

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André Breton. Né à Tinchebray, (Orne) le 19 février 1896. Mort à Paris le 28 septembre 1966. Écrivain, poète, essayiste et théoricien du surréalisme.    

Fondateur et principal théoricien du surréalisme, la vie d'André Breton fait corps avec le mouvement à tel point que, même parmi les adversaires les plus virulents, personne n'a jugé devoir le contester quant à son bien-fondé théorique.

  Du coup d'État poétique au Premier manifeste (1924)  

Fils unique d'une famille de la petite bourgeoisie catholique dont la mère impose une éducation rigide, André Breton passe une enfance sans histoire à Pantin (act. Seine-St-Denis), dans la banlieue nord-est de Paris.

 

Au collège Chaptal, il suit une scolarité "moderne" (sans latin ni grec), se fait remarquer par son professeur de rhétorique qui lui fait découvrir Charles Baudelaire et Joris-Karl Huysmans, et par son professeur de philosophie qui lui oppose le positivisme ("Ordre et progrès") aux pensées "hégéliennes" ("Liberté de la conscience de soi") qu'affectionne le jeune homme.[1] Il se lie d'amitié avec Théodore Fraenkel et René Hilsum et publie ses premiers poèmes dans la revue littéraire du collége. Au dépit de ses parents qui le voyait ingénieur, Breton entre en classe préparatoire au PCN[2], avec Fraenkel.

 

Au début de 1914, il adresse quelques poèmes à la manière de Stéphane Mallarmé, à la revue "La Phalange" que dirige le poète symboliste Jean Royère. Ce dernier les publie et met Breton en relation avec Paul Valéry. À la déclaration de guerre, le 3 août, il est avec ses parents à Lorient (Morbihan). Il a pour seul livre un recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud qu'il connait mal. Jugeant sa poésie si "accordée aux circonstances", il reproche à son ami Fraenkel sa tiédeur devant "une œuvre aussi considérable". Pour sa part, il proclame "l'infériorité artistique profonde de l'œuvre réaliste sur l'autre."[3] Déclaré "bon pour le service" en janvier 1915, Breton est envoyé à Pontivy, dans l'artillerie, pour y faire ses classes, puis il est affecté à l'hôpital de Nantes (Loire-Atlantique) comme interne en médecine. Il écrit sa première lettre à Guillaume Apollinaire.

En février ou mars 1916, il rencontre un soldat en convalescence : Jacques Vaché. C'est le "coup de foudre" intellectuel. Aux tentations littéraires de Breton, Vaché lui oppose Alfred Jarry, la "désertion à l'intérieur de soi-même" et n'obéit qu'à une loi, l'"Umour (sans h)". Découvrant dans un manuel ce que l'on nomme alors la "psychoanalyse" de Sigmund Freud, à sa demande, Breton est affecté au Centre de neurologie à Saint-Dizier (Haute-Marne) que dirige un ancien assistant de Jean-Martin Charcot. En contact direct avec la folie, il refuse d'y voir seulement un déficit mental mais plutôt une capacité à la création.[4] Le 20 novembre 1916, Breton est envoyé au front comme brancardier.

 

De retour à Paris en 1917, il rencontre Pierre Reverdy avec qui il collabore à sa revue "Nord-Sud" et Philippe Soupault que lui présente Apollinaire : "Il faut que vous deveniez amis." Soupault lui fait découvrir les « Chants de Maldoror » de Lautréamont, ce qui provoque une grande émotion chez Breton.[5] Avec Louis Aragon dont il fait la connaissance à l'hôpital du Val-de-Grâce, ils passent leur nuits de garde à se réciter des passages de « Maldoror » au milieu des "hurlements et des sanglots de terreur déclenchés par les alertes aériennes chez les malades" (Aragon).

Dans une lettre de juillet 1918 à Fraenkel, Breton évoque le projet commun avec Aragon et Soupault, d'un livre sur quelques peintres comme Giorgio De Chirico, André Derain, Juan Gris, Henri Matisse, Picasso, Henri Rousseau... dans lequels serait "contée à la manière anglaise" la vie de l'artiste, par Soupault, l'analyse des œuvres, par Aragon et quelques réflexions sur l'art, par Breton lui-même. Il y aurait également des poèmes de chacun en regard de quelques tableaux.

 

Malgré la guerre, la censure et l'esprit anti-germanique, parviennent de Zurich, Berlin ou Cologne, les échos des manifestations Dada ainsi que quelques unes de leurs publications comme le « Manifeste dada 3 ». Au mois de janvier 1919, profondément affecté par la mort de Jacques Vaché, Breton croit voir en Tristan Tzara la réincarnation de l'esprit de révolte de son ami : "Je ne savais plus de qui attendre le courage que vous montrez. C'est vers vous que se tournent aujourd'hui tous mes regards.".[6]

 

Projetée depuis l'été précédent, Aragon, Breton et Soupault, les "trois mousquetaires" comme aimait à les appeler Paul Valéry, fondent la revue "Littérature" dont le premier numéro paraît en février 1919. Rencontré le mois suivant, par l'intermédiaire de Jean Paulhan, Paul Éluard est tout de suite intégré comme membre à part entière dans l'embryon de groupe qui nait.[7]

 

Après avoir fait paraître « Mont de piété » qui regroupe ses premiers poèmes écrits depuis 1913, Breton expérimente avec Soupault l'"écriture automatique" : textes écrits sans aucune réflexion, à différentes vitesses, sans retouche ni repenti. « Les Champs magnétiques », écrit en mai et juin 1919, n'est publié qu'un an plus tard. Le succès critique en fait un ouvrage précurseur du surréalisme[8]

 

"Littérature" fait paraître successivement les « Poésies » de Lautréamont, des fragments des « Champs magnétiques » et propose aux écrivains et poètes du moment de répondre à la question « Pourquoi écrivez-vous ? », mais Breton reste insatisfait de la revue. Après avoir rencontré Francis Picabia dont l'intelligence, l'humour, le charme et la vivacité le séduisent, Breton comprend qu'il n'a rien attendre des "aînés", ni de l'héritage d'Apollinaire : l'Esprit nouveau paré du bon sens français et son horreur du chaos,[9], ni du réveil de Paul Valéry[10] ("Monsieur Teste était trahi")[11], pas plus que des modernes Cocteau, Radiguet, Drieu La Rochelle perpétuant la tradition du roman qu'il rejette (et rejetera toujours).

 

Le 23 janvier 1920, Tristan Tzara arrive enfin à Paris. Passée la déception causée par l'apparition d'un être "si peu charismatique", Breton, Picabia et Tzara organisent les manifestations Dada qui suscitent le plus souvent incompréhension, chahuts et scandales, buts recherchés. Mais dès le mois d'août, Breton prend ses distances avec Dada. Il refuse d'écrire une préface à l'ouvrage de Picabia « Jésus-Christ rastaquouère » : "Je ne suis même plus sûr que le dadaïsme ait gain de cause, à chaque instant je m'aperçois que je le réforme en moi.".[12]

 

À la fin de l'année, Breton est engagé par le couturier, bibliophile, et amateur d'art moderne Jacques Doucet. Ce dernier, "personnalité éprise de rare et d'impossible, juste ce qu'il faut de déséquilibre", lui commande des lettres sur la littérature et la peinture ainsi que des conseils d'achat d'œuvres d'art. Breton lui fera acheter « Les Demoiselles d'Avignon » de Picasso.

 

Après le « Procès Barrès » (mai 1921), rejeté par Picabia et au cours duquel Tzara s'est complû dans une insolence potache, Breton dénonce l'infantilisme des dadaïstes et leur pessimisme absolu. En vacances dans le Tyrol, Breton profite de ce séjour pour rendre visite à Sigmund Freud à Vienne, mais la rencontre n'aura pas de suite.

 

En janvier 1922, Breton tente d'organiser un "Congrès international pour la détermination des directives et la défense de l'esprit moderne." L'opposition de Tzara en empêche la tenue. Une nouvelle série de "Littérature" avec Breton et Soupault pour directeurs, recrute de nouveaux collaborateurs comme Robert Desnos, Roger Vitrac, René Crevel, mais, définitivement hostile à Picabia, Soupault prend ses distances avec les surréalistes. Avec Crevel, Breton expérimente les sommeils hypnotiques permettant de libérer le discours de l'inconscient. Ces états de sommeil forcé vont révélés les étonnantes facultés d'"improvisation" de Benjamin Péret et de Desnos. À la fin février 1923, doutant de la sincérité des uns et craignant pour la santé mentale des autres, Breton décide d'arrêter l'expérience.

 

Breton semble fatigué de tout : il considère les activités de journalisme d'Aragon et Desnos, certes rémunératrices, comme une perte de temps, les écrits de Picabia le décoivent, il s'emporte contre les projets de ses amis toujours préoccupés à écrire des romans. Dans un entretien avec Roger Vitrac, il confie même son intention de ne plus écrire. Cependant, au cours de l'été suivant, il écrit la plupart des poèmes de « Clair de terre ».

 

Une bagarre avec intervention de la police perturbant la représentation de la pièce de Tzara « Le Cœur à barbe », le 6 juillet 1922, scelle la rupture définitive entre surréalistes et dadaïstes.

 

Le 15 octobre 1924, paraît, en volume séparé, « Le Manifeste du surréalisme » initialement prévu pour être la préface au recueil de textes automatiques « Poisson soluble ». Instruisant le procès de l'attitude réaliste, Breton évoque le chemin parcouru jusque-là et définit ce nouveau concept, revendique les droits de l'imagination, plaide pour le merveilleux, l'inspiration, l'enfance et le hasard objectif.

 

    « SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

    - Encycl. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »

 

Quelques jours après, le groupe publie le pamphlet « Un cadavre », écrit en réaction aux funérailles nationales faites à Anatole France : "Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traitre et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. que soit fête le jour où l'on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme et le manque de cœur!".

  "Transformer le monde" et "changer la vie" (1925-1938)  

Le 1er décembre 1924, paraît le premier numéro de "La Révolution surréaliste", l'organe du groupe que dirigent Benjamin Péret et Pierre Naville. Breton radicalise son action et sa position politique. Sa lecture de l'ouvrage de Léon Trotsky sur Lénine et la guerre coloniale menée par la France dans le Rif marocain le rapproche des intellectuels communistes. Avec les collaborateurs de la revue "Clarté", les surréalistes rédigent un tract commun « La Révolution d'abord et toujours ».

En janvier 1927, Aragon, Breton, Éluard, Péret et Pierre Unik adhèrent au parti communiste français. Ils s'en justifient dans le tract « Au grand jour ». Breton est affecté à une cellule d'employés du gaz.

 

Le 4 octobre 1926, il rencontre Nadja. Ils se fréquentent chaque jour jusqu'au 13 octobre. Nadja (pseudonyme de Léona Delcourt), "parce que en russe c'est le commencement du mot espérance, et parce que ce n'en est que le commencement", ordonne à Breton, plus qu'elle ne prédit, d'écrire "un roman sur moi. Prends garde : tout s'affaiblit, tout disparaît. De nous il faut que quelque chose reste...". Retiré au manoir d'Ango, près de Varangeville-sur-Mer, au mois d'août 1927, en compagnie d'Aragon, Breton commence l'écriture de « Nadja ». En novembre, à l'occasion d'une lecture qu'il fait au groupe, Breton rencontre Suzanne Musard. C'est le coup de foudre réciproque. Bien qu'elle soit la maîtresse d'Emmanuel Berl, elle partage avec Breton une aventure passionnée et orageuse. Elle demande à Breton de divorcer d'avec Simone, ce à quoi il consent, mais freinée dans ses désirs d'aventure par son goût du confort et de la sécurité matérielle, elle épouse Berl, sans pour autant rompre définitivement. La relation faite de ruptures et de retrouvailles perdurera jusqu'en janvier 1931. Pour elle, Breton ajoute une troisième partie à « Nadja ». Cet amour malheureux pèse sur l'humeur de Breton : mésententes dans le groupe, détachement de Robert Desnos, altercation en public avec Soupault, fermeture de la Galerie Surréaliste pour cause de gestion négligée... Mais, avec la parution du « Second manifeste du surréalisme » (décembre 1929), Breton tente de relancer le mouvement par un effort de dépassement de la révolte fondatrice pour atteindre une meilleure connaissance du réel : "En dépit des démarches particulières à chacun de ceux qui s'en sont réclamés ou s'en réclament, on finira bien par accorder que le surréalisme ne tendit à rien tant qu'à provoquer, au point de vue intellectuel et moral, une crise de conscience de l'espèce la plus générale et la plus grave et que l'obtention ou la non-obtention de ce résultat peut seule décider de sa réussite ou de son échec historique."

Se séparant des tièdes, des esthètes et des rebelles[13], Breton justifie son intransigeance par sa volonté de "découvrir ce point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement." Les "exclus" ont reçu le manifeste pour un règlement de compte. Ils réagissent aussitôt en publiant un pamphlet sur le modèle de celui écrit contre Anatole France et en reprennent le même titre « Un cadavre ». Dès lors, les adversaires sâcreront Breton "Pape du surréalisme".[14].

 

"La Révolution surréaliste" fait place au "Surréalisme au service de la Révolution" (SASDLR). Breton et André Thirion lancent l'idée d'une "Association des artistes et écrivains révolutionnaires". Cette association est effectivement créée en janvier 1932 par les instances dirigeantes du parti communiste français, mais ni Breton ni Thirion n'ont été sollicités pour sa réalisation et leur adhésion ainsi que celle d'autres surréalistes n'est prise en compte qu'à la fin de 1932.

 

Même s'il ne désespère pas de pouvoir orienter l'action culturelle du Parti et récupérer les forces psychiques dispersées, en conciliant le freudisme avec le marxisme au service du prolétariat, Breton ne cesse de se heurter à l'incompréhension et la défiance croissante.

Quand il dénonce la censure de l'activité poétique par l'autorité politique qui frappe le poème d'Aragon « Front rouge », sans cacher le peu d'estime qu'il a pour ce texte de pure propagande, Breton n'en défend pas moins son auteur (« Misère de la poésie »), Aragon désavoue cette défense et provoque la rupture définitive.

Paul Vaillant-Couturier lui reproche un texte de Ferdinand Alquié, publié dans le "SASDLR", dénonçant le "vent de crétinisation systématique qui souffle de l'U.R.S.S.".

 

En réponse aux violentes manifestations fascistes du 6 février 1934, devant l'Assemblée nationale, Breton lance un « Appel à la lutte » à destination de toutes les organisations de gauche. Sollicité, Léon Blum refuse poliment son soutien.

 

En 1934, Breton rencontre Jacqueline Lamba dans des circonstance proches de celles évoquées dans le poème « Tournesol » écrit en 1923.

 

En juin 1935, Breton écrit un discours qu'il doit prononcer au Congrès des écrivains pour la défense de la culture. « "Transformer le monde", a dit Marx ; "Changer la vie", a dit Rimbaud ; ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un » est la conclusion de ce discours. Mais à la suite d'une violente altercation avec Ilya Ehrenbourg, ce dernier, délégué de la représentation soviétique, ayant calomnié les surréalistes, la participation de Breton est annulée. Il fallut le suicide de René Crevel pour que les organisateurs concèdent à Éluard de lire le texte. La rupture définitive avec le Parti est consommée avec le tract « Du temps où les surréalistes avaient raison ».

 

En 1938, Breton organise la première Exposition internationale du surréalisme à Paris. À cette occasion, il prononce une conférence sur l'humour noir. Cette même année, il voyage au Mexique et rencontre Frida Kahlo, Diego Rivera et Léon Trotsky avec qui il écrit le manifeste « Pour un art révolutionnaire indépendant », base à la constitution d'une Fédération internationale de l'art révolutionnaire. Cette initiative est à l'origine de la rupture avec Éluard.

  De l'exil à l'insoumission (1939-1966)  

Mobilisé en septembre 1939 comme médecin au centre de pilotage de Poitiers, Breton est en "zone non-occupée" au moment de l'armistice. Il trouve refuge chez Pierre Mabille à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), puis, rejoint par Jacqueline et leur fille Aube, à la villa Air Bel, à Marseille, siège du Comité américain de secours aux intellectuels créé par Varian Fry. Dans l'attente d'un visa, les surréalistes (Victor Brauner, Oscar Dominguez, Max Ernst, Wifredo Lam, André Masson, Benjamin Péret,...) reconstituent un groupe et trompent l'ennui et l'attente par des cadavres exquis dessinés et la création d'un jeu de tarot. À l'occasion d'une visite à Marseille du maréchal Pétain, André Breton, dénoncé comme "anarchiste dangereux", est préventivement emprisonné sur un navire pendant quatre jours, tandis que la censure de Vichy interdit la publication de l'« Anthologie de l'humour noir » et de « Fata morgana ». Breton embarque à destination de New York le 25 mars 1941 avec Wifredo Lam et Claude Lévi-Strauss. À l'escale de Fort de France (Martinique), Breton est interné puis libéré sous caution. Il rencontre Aimé Césaire. Le 14 juillet, il arrive enfin à New York. Accueilli par Marcel Duchamp, Breton fonde la revue "VVV" et grâce à Pierre Lazareff il participe aux émissions de la radio "La Voix de l'Amérique" à destination de la France. Jacqueline le quitte pour le sculpteur David Hare.

 

Le 10 décembre 1943, Breton rencontre Élisa Claro. Ensemble, ils voyagent le long des côtes de Gaspésie au Canada. Dès son retour à New York, il publie « Arcane 17 » né du "désir d'écrire un livre autour de l'Arcane 17 (du tarot de Marseille) en prenant pour modèle une dame que j'aime..." Pour régler les question pratiques de divorce et de remariage, Breton et Élisa se rendent à Reno dans le Nevada. Il en profite pour visiter les réserves des indiens Hopi. Il a emporté avec lui des ouvrages de Charles Fourier. En décembre 1945, à l'invitation de Pierre Mabille, attaché culturel à Pointe-à-Pître, Breton se rend en Haïti pour y prononcer une conférence. Sa venue coïncide avec un soulèvement populaire qui renverse le gouvernement en place. Le 25 mai 1946, il est de retour en France.

 

Invité à la soirée d'hommages rendus à Antonin Artaud, c'est d'une voix vive et ferme que Breton prononce enfin les "deux mots d'ordre qui n'en font qu'un : Transformer le monde et changer la vie."[15] Malgré les difficultés de la reconstruction de la France et le début de la guerre froide, Breton entend poursuivre sans aucune inflexion les activités du surréalisme. Et les polémiques reprennent et se succèdent : contre Tristan Tzara se présentant comme le nouveau chef de file du surréalisme, contre Jean-Paul Sartre considérant les surréalistes comme des petits-bourgeois, contre des universitaires à qui il démonte la supercherie d'un soi-disant inédit d'Arthur Rimbaud, contre Albert Camus et son chapitre sur Lautréamont dans « L'Homme révolté ».

Il retrouve Georges Bataille pour une nouvelle Exposition internationale du surréalisme dédiée à Eros, donne fréquemment son concours pour nombre d'artistes inconnus en préfaçant les catalogues d'exposition, et participe à plusieurs revues surréalistes comme "Médium", "Le Surréalisme même", "Bief", "La Brêche"... En 1960, il signe le « Manifeste des 121, déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie.

En 1965, il organise la 9e Exposition internationale surréaliste intitulée "L'Écart absolu" en référence à l'utopie fouriériste. Frappé par une crise cardiaque à Saint-Cirq-Lapoplie[16], André Breton meurt à l'hôpital Lariboisière à Paris.

 

    « Héraclite mourant, Pierre de Lune, Sade, le cyclone à tête de grain de millet, le tamanoir : son plus grand désir eût été d'appartenir à la famille des grands indésirables.[17] »

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