Victor Hugo
Oeuvres
Biographie
Biographie subjective de Victor Hugo
La vie de Victor Hugo se compose d’un certain nombre d’éléments qui trouvent un troublant écho dans l’histoire de Quatrevingt-treize.
La mère de l’écrivain, femme impérieuse, Sophie Trébuchet, venait d’un milieu rural royaliste et elle était vendéenne. Elle fit toujours preuve de sympathies monarchistes, allant jusqu’à cacher le général Lahorie à la suite d’un complot contre Bonaparte.
Le père, Léopold, homme impulsif, fut général de la république envoyé en Vendée. Son fils l’évoque rapidement dans le roman (240). Le jeune Victor, issu d’un mauvais couple parental, souffrira d’incertitude affective et connut une enfance chaotique à sillonner les routes d’Europe, rappelant moins les tribulations des enfants de Michelle Fléchard que l’abandon affectif dont Gauvain est la victime avant d’être pris en éducation par Cimourdain.
Jeune homme, il fut un royaliste activiste qui voulait anéantir la « fraction régicide » après l’assassinat du duc de Berry en 1820. Et on retrouve dans ses portraits des vendéens une allure, un ton, parfois une attitude grand seigneur qui n’est pas sans évoquer son impétueuse jeunesse. Puis il évolue, voyant dans 1830 « la poursuite pacifique de 89 ».
Au fil des années, des discours, des prises de position, Hugo va s’éloigner de la droite conservatrice jusqu’à son opposition farouche et inexorable à Louis Napoléon Bonaparte. L’exil, les îles anglo-normandes, la mer sont des lieux, des états, des sentiments qu’on retrouve dans le roman.
Puis c’est le retour en France, la chute de l’empire, la défaite, la Commune. Hugo, qui porte en lui Quatrevingt-treize depuis une dizaine d’années, commence à rédiger, 80 ans après cette année terrible, ce qui sera son dernier roman. Ecrit à 71 ans, ce livre est un roman historique où l’auteur prend le recul nécessaire face à des évènements tragiques et anciens tout en gardant parfois la fraîcheur, parfois la fougue du récit. Il mène une réflexion approfondie tant sur l’histoire de la révolution que sur les évènements contemporains à l’écriture, la fin d’une tyrannie, la Commune, autre temps de fanatisme et l’avènement de la troisième république. Ce livre qualifié de « toujours nécessaire et toujours impossible » va réaliser la synthèse révolutionnaire en refusant tout manichéisme. Il essaie de concilier le maintien d’une société qu’il ne veut pas voir disparaître avec la nécessité de réformes généreuses en faveur des plus déshérités. Il rappelle en cela le personnage d’un magnifique roman italien, le comte Salina, son contemporain, héros du Guépard de Tomaso de Lampedusa qui dit : « Il faut tout changer pour que rien ne change ».
Un dernier rendez-vous entre l’homme et son œuvre : la dernière phrase de Quatrevingt-treize, « Et ces deux âmes, sœurs tragiques, s’envolèrent ensemble, l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre », trouvera, douze ans plus tard, une traduction aussi tragique quand Victor Hugo murmurera, sur son lit de mort, « C’est ici le combat du jour et de la nuit ».

