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Le Spleen de Paris de Charles Baudelaire

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Biographie de Charles Baudelaire:

Charles Pierre Baudelaire, né à Paris le 9 avril 1821 et mort à Paris le 31 août 1867, est un poète français. Baudelaire se vit reprocher son écriture et le choix de ses sujets. Il ne fut compris qu... [Biographie gratuite ici]

Commentaires composés et lectures analytiques

Le Spleen de Paris de Baudelaire, Perte d’Auréole (poème XLVI): Consulter le commentaire

« Perte d'Auréole » poème XLVI

Commentaire composé et analyse du poème "Perte d'Auréole" (poème XLVI), issu du recueil "Le Spleen de Paris" de Charles Baudelaire. Document complet de 3 pages réalisé par sakura (professeur de français). Document de qualité très utile pour une bonne préparation du bac de français.

Sommaire de l'analyse sur "Perte d'auréole :

1. Introduction
2. La forme
3. Les degrés de l'ironie
4. Conclusion

Extrait de l'analyse du poème "Perte d'auréole" :
Le réalisme voisine constamment avec le fantastique : le traitement de l'auréole en est le meilleur exemple. Le narrateur en parle constamment comme s'il s'agissait d'un vulgaire chapeau. De même, l'incident de la perte de l'auréole est présenté d'une façon tout à fait réaliste : elle est causée par le trafic intense des voitures, à la suite du « mouvement brusque »(l.8) du narrateur effrayé par la cohue parisienne. Plus loin, la proposition de l'interlocuteur de mette une petite annonce pour retrouver l'objet ou de la réclamer au commissariat va dans le sens d'un réalisme trivial.

Texte étudié : perte d'auréole :

"Eh! quoi! vous ici, mon cher? Vous, dans un mauvais lieu! vous, le buveur de quintessences! vous, le mangeur d'ambrosie! En vérité, il y a là de quoi me surprendre.

- Mon cher, vous connaissez ma terreur des chevaux et des voitures. Tout à l'heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam. Je n'ai pas eu le courage de la ramasser. J'ai jugé moins désagréable de perdre mes insignes que de me faire rompre les os. Et puis, me suis-je dit, à quelque chose malheur est bon. Je puis maintenant me promener incognito, faire des actions basses, et me livrer à la crapule, comme les simples mortels. Et me voici, tout semblable à vous, comme vous voyez!

- Vous devriez au moins faire afficher cette auréole, ou la faire réclamer par le commissaire.

- Ma foi! non. Je me trouve bien ici. Vous seul, vous m'avez reconnu. D'ailleurs la dignité m'ennuie. Ensuite je pense avec joie que quelque mauvais poète la ramassera et s'en coiffera impudemment. Faire un heureux, quelle jouissance! et surtout un heureux qui me fera rire! Pensez à X, ou à Z! Hein! comme ce sera drôle!" 

 

Rédacteur : Sakura (Voir toutes ses rédactions)

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Le Spleen de Paris de Baudelaire, L'Etranger: Consulter le commentaire

Le Spleen de Paris de Charles Pierre Baudelaire
« L'étranger »

Explications :

Lecture analytique de L'Etranger du recueil "Le Spleen de Paris" de Charles Pierre Baudelaire. Le document, rédigé par un professeur de français (Hervé), est d'un grande qualité et a une longueur de 4 pages. Travail très utile pour une bonne préparation du bac de français ou pour un travail poétique.

Sommaire :

  • Introduction
  • I/ Aspect et structure
  • II/ La différence de l'"étranger"
  • 1. Refus d'ordre affectif
  • 2. Refus d'ordre social
  • Conclusion

Extrait :

Poème paru en 1862 parmi quatorze petits poèmes en prose précédés de la dédicace à Arsène Houssaye, puis dans l'édition posthume de 1869, placé en tête du recueil comme ouverture.

Texte étudié "L'Etranger" de Baudelaire : 

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ? 
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère. 
- Tes amis ? 
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu. 
- Ta patrie ? 
- J'ignore sous quelle latitude elle est située. 
- La beauté ? 
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle. 
- L’or ? 
- Je le hais comme vous haïssez Dieu. 
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? 
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages ! 

 

Rédacteur : Hervé F. (Voir toutes ses rédactions)

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Le Spleen de Paris de Baudelaire, Le Port: Consulter le commentaire
« Le Port » de Charles Baudelaire (issu du recueil Le Spleen de Paris)
 
Commentaire composé et analyse du poème "Le Port" de Baudelaire. Le poème "Le Port" fait partie du recueil "Le Spleen de Paris" (Repris en 1864 sous le titre Petits poèmes
en prose). Cette étude littéraire a été réalisée par un professeur de français et comporte une explication de texte et une analyse des axes du poème.
 
Extrait du commentaire sur "Le Port" de Baudelaire (Introduction) :
 
A partir du XIX ème siècle,  le vers mesuré et la rime ne constituent plus des critères essentiels de l’écriture poétique. Ainsi, nombre de poètes se libèrent des contraintes formelles de la poésie traditionnelle et composent des poèmes en prose
Après la découverte du recueil Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand, Baudelaire s’est aussi attelé au genre du poème en prose. Il écrivit Le Spleen de Paris publié en 1869 après sa mort. Avec Les Fleurs du Mal, il est considéré comme le précurseur de la poésie moderne.
Quand Baudelaire a écrit les poèmes en prose, il se trouve à Bruxelles où, usé par la drogue et par l’alcool, il voit encore devant lui se fermer toutes les portes. 
Fatigué de lutter pour une vie qu’il n’aime pas, il trouve dans ce poème, grâce à une prose poétique et à la définition d’un paysage, le pouvoir d’analyser ses états d’âme.

Plan de l'analyse de l'extrait du texte "Le Port" de Baudelaire :
  • Introduction
  • Lecture 
  • Etude
  • I/ Un poème du voyage et de l’évasion
  • 1/ L’importance symbolique du port 
  • 2/ L’importance du ciel 
  • 3/ Le rôle des phares
  • 4/ Les navires
  • II/ Les aspirations du poète 
  • 1/ La quête du bonheur
  • 2/ La suprême vision des choses de l’au-delà
  • 3/ La recherche métaphysique
  • III/ Un paysage envoûtant 
  • 1/ La créativité de l’homme
  • 2/ L’éveil de sens
  • 3/ Les changements d’états de l’âme
  • Conclusion

Texte étudié "Le Port" (extrait de Le Spleen de Paris) :
 
Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la
vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations
changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme
merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les
formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle
imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le
goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir
mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni
ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle,
tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de
ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de
s'enrichir.

Rédacteur : ABacFrancais.com (Voir toutes ses rédactions)

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Le Spleen de Paris de Baudelaire, Le joujou du pauvre: Consulter le commentaire
« Le Joujou du Pauvre », Charles Baudelaire (issu du recueil Le Spleen de Paris)
 
Commentaire composé et analyse du poème "Le Joujou du Pauvre" de Baudelaire. Le poème "Le Joujou du Pauvre" fait partie du recueil "Le Spleen de Paris". Cette étude littéraire a été réalisée par un professeur de français et comporte une explication de texte et une analyse des axes du poème.
 
Extrait du commentaire sur "Le Joujou du Pauvre" de Baudelaire (Introduction) :
Le joujou du pauvre est un poème de Baudelaire, auteur du XIXe siècle, fondateur du symbolisme, à l'époque où il existait deux mouvements : le romantisme et le réalisme/naturalisme.
Symbolisme : vouloir donner une vision du monde à travers nos sens, et en s'appuyant sur le spectacle de la nature. Les Fleurs du Mal (antithèse du titre à relever) a fait scandale lors de sa parution, car la manière de parler de son auteur était alors beaucoup trop crue, et il évoquait un peu trop le corps des femmes. Baudelaire a même été traduit en justice pour sa « volonté de corrompre la jeunesse ». Le scandale qu'il déclencha repose surtout sur la rupture avec la tradition poétique et avec Ronsard, poète du XVIe siècle, qu'il provoque. Baudelaire est un dandy (opium) qui se laisse aller à la mélancolie et au spleen. Le joujou du pauvre est un poème en prose extrait du recueil de poème Le Spleen de Paris. Il met en scène deux enfants, un pauvre et un riche, et un rat. Le riche oublie son jouet et est fasciné par le joujou du pauvre (le rat vivant). On a une morale implicite. Nous verrons en quoi ce poème en prose est un apologue.

Plan de l'analyse de l'extrait du texte "Le Joujou du Pauvre" de Baudelaire :
  • Introduction
  • Lecture
  • I) Une fable
  • A. L'énonciation et la narration
  • B. Une morale bien amenée
  • C. Une chute inattendue
  • II) La satire sociale
  • A. Une vision désenchantée du monde
  • B. Le thème de l'illusion
  • C. Le diatribe anti-bourgeois
  • Conclusion

Texte étudié "Le Joujou du Pauvre" (Le Spleen de Paris) :
Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu
d'amusements qui ne soient pas coupables !
Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les
grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions d'un sol, -
telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent
l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long
des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants
inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux
s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils
douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le
cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de
vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de
l'homme.
Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel
apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un
enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de
coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse,
rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que
les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur
l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu
d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant
ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :
De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il
y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias
dont un oeil impartial découvrirait la beauté, si, comme oeil du connaisseur
devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de
la répugnante patine de la misère.
A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande
route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre
joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu.
Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une
boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute,
avaient tiré le joujou de la vie elle-même.
Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents
d'une égale blancheur.

Rédacteur : ABacFrancais.com (Voir toutes ses rédactions)

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Le Spleen de Paris de Baudelaire, Le Gateau: Consulter le commentaire
« Le Gâteau » de Charles Baudelaire (issu du recueil Le Spleen de Paris, XV)
 
Commentaire composé et analyse du poème "Le Gâteau, XV" de Baudelaire. Le poème "Le Gâteau" fait partie du recueil "Le Spleen de Paris". Cette étude littéraire a été réalisée par un professeur de français et comporte une explication de texte et une analyse des axes du poème.
 
Extrait du commentaire sur "Le Gâteau" de Baudelaire (Introduction) :
A partir du XIXème siècle,  le vers mesuré et la rime ne constituent plus des critères essentiels de l’écriture poétique. Ainsi, nombre de poètes se libèrent des contraintes formelles de la poésie traditionnelle et composent des poèmes en prose.
Après la découverte du recueil Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand, Baudelaire s’est aussi attelé au genre du poème en prose. Il écrivit Le Spleen de Paris publié en 1869 après sa mort. Avec Les Fleurs du Mal, il est considéré comme le précurseur de la poésie moderne.
Le Gâteau se présente, poème en prose XV, se présente comme une narration même si le texte comporte dans sa 1ère partie des réflexions sur l’oubli du mal terrestre. Il s’agit manifestement d’une « chose vue ». Choses vues est le titre d’un ouvrage sous forme de journal, de V. Hugo, où l’écrivain a noté certaines scènes vues par lui, et significatives de son époque.
A cause d’un simple morceau de pain, deux enfants miséreux se livrent une guerre fratricide pour apaiser leur faim. A travers ce récit, on devine que se développe une fable sur l’enfance misérable au XIXème siècle.   

Plan de l'analyse de l'extrait du texte "Le Gâteau" de Baudelaire :
  • Introduction
  • Lecture  
  • Etude
  • I/ Le souvenir d’une ascension. 
  • 1/ La splendeur du paysage 
  • 2/ L’élévation de l’âme 
  • 3/ L’oubli des réalités terrestres 
  • II/ Une lutte fratricide
  • 1/ L’évocation de l’enfance malheureuse
  • 2/ Le pain, objet de convoitise
  • 3/ Une lutte hideuse
  • III/ La chute du texte 
  • 1/ Les enseignements de cette scène 
  • 2/ La portée de l’apologue  
  • Conclusion

Texte étudié : "Le Gâteau" (issu de "Le Spleen de Paris") :
 
Je voyageais. Le paysage au milieu duquel j'étais placé était d'une
grandeur et d'une noblesse irrésistibles. Il en passa sans doute en ce
moment quelque chose dans mon âme. Mes pensées voltigeaient avec une
légèreté égale à celle de l'atmosphère; les passions vulgaires, telles que la
haine et l'amour profane, m'apparaissaient maintenant aussi éloignées
que les nuées qui défilaient au fond des abîmes sous mes pieds; mon âme
me semblait aussi vaste et aussi pure que la coupole du ciel dont j'étais
enveloppé; le souvenir des choses terrestres n'arrivait à mon coeur
qu'affaibli et diminué, comme le son de la clochette des bestiaux
imperceptibles qui paissaient loin, bien loin, sur le versant d'une autre
montagne. Sur le petit lac immobile, noir de son immense profondeur,
passait quelquefois l'ombre d'un nuage, comme le reflet du manteau d'un
géant aérien volant à travers le ciel. Et je me souviens que cette sensation
solennelle et rare, causée par un grand mouvement parfaitement
silencieux, me remplissait d'une joie mêlée de peur. Bref, je me sentais,
grâce à l'enthousiasmante beauté dont j'étais environné, en parfaite paix
avec moi-même et avec l'univers; je crois même que, dans ma parfaite
béatitude et dans mon total oubli de tout le mal terrestre, j'en étais venu
à ne plus trouver si ridicules les journaux qui prétendent que l'homme est
né bon; - quand la matière incurable renouvelant ses exigences, je
songeai à réparer la fatigue et à soulager l'appétit causés par une si
longue ascension. Je tirai de ma poche un gros morceau de pain, une
tasse de cuir et un flacon d'un certain élixir (1) que les pharmaciens
vendaient dans ce temps-là aux touristes pour le mêler dans l'occasion
avec de l'eau de neige.
Je découpais tranquillement mon pain, quand un bruit très léger
me fit lever les yeux. Devant moi se tenait un petit être déguenillé (2) ,
noir, ébouriffé, dont les yeux creux, farouches (3) et comme suppliants,
dévoraient le morceau de pain. Et je l'entendis soupirer, d'une voix basse
et rauque, le mot: gâteau! Je ne pus m'empêcher de rire en entendant
l'appellation dont il voulait bien honorer mon pain presque blanc, et j'en
coupai pour lui une belle tranche que je lui offris. Lentement il se
rapprocha, ne quittant pas des yeux l'objet de sa convoitise; puis,
happant le morceau avec sa main, se recula vivement, comme s'il eût
craint que mon offre ne fût pas sincère ou que je m'en repentisse déjà.
Mais au même instant il fut culbuté par un autre petit sauvage,
sorti je ne sais d'où, et si parfaitement semblable au premier qu'on aurait
pu le prendre pour son frère jumeau. Ensemble ils roulèrent sur le sol, se
disputant la précieuse proie, aucun n'en voulant sans doute sacrifier la
moitié pour son frère. Le premier, exaspéré, empoigna le second par les
cheveux; celui-ci lui saisit l'oreille avec les dents, et en cracha un petit
morceau sanglant avec un superbe juron patois (4). Le légitime
propriétaire du gâteau essaya d'enfoncer ses petites griffes dans les yeux
de l'usurpateur (5) ; à son tour celui-ci appliqua toutes ses forces à
étrangler son adversaire d'une main, pendant que de l'autre il tâchait de
glisser dans sa poche le prix du combat. Mais, ravivé par le désespoir, le
vaincu se redressa et fit rouler le vainqueur par terre d'un coup de tête
dans l'estomac. A quoi bon décrire une lutte hideuse qui dura en vérité
plus longtemps que leurs forces enfantines ne semblaient le promettre? Le
gâteau voyageait de main en main et changeait de poche à chaque
instant; mais, hélas! il changeait aussi de volume; et lorsque enfin,
exténués, haletants, sanglants, ils s'arrêtèrent par impossibilité de
continuer, il n'y avait plus, à vrai dire, aucun sujet de bataille; le morceau
de pain avait disparu, et il était éparpillé en miettes semblables aux grains
de sable auxquels il était mêlé.
Ce spectacle m'avait embrumé le paysage, et la joie calme où
s'ébaudissait (6) mon âme avant d'avoir vu ces petits hommes avait
totalement disparu; j'en restai triste assez longtemps, me répétant sans
cesse: "Il y a donc un pays superbe où le pain s'appelle du gâteau,
friandise si rare qu'elle suffit pour engendrer une guerre parfaitement
fratricide! (7) "

Rédacteur : ABacFrancais.com (Voir toutes ses rédactions)

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