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Commentaire composé Prologue de “Origine des langues : Manuscrit de Neuchâtel

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Jean-Jacques Rousseau Origine des langues : Manuscrit de Neuchâtel
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur le \"Prologue\" du Manuscrit de Neuchâtel de Rousseau. Cette analyse sur le Prologue du Manuscrit de Neuchâtel de Rousseau a été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “Origine des langues : Manuscrit de Neuchâtel”

    Dans ce manuscrit, nous nous intéresserons à la nouveauté du projet puis nous verrons la nécessité d'une écriture originale, et enfin nous étudierons le langage et l'oeuvre comme instrument de connaissance.

    Texte étudié : Prologue du Manuscrit de Neuchâtel (de Rousseau)

    Il faudrait pour ce que j'ai à dire inventer un langage aussi nouveau que
    mon projet : car quel ton, quel style prendre pour débrouiller ce chaos
    immense de sentiments si divers, si contradictoires, souvent si vils et
    quelquefois si sublimes dont je fus sans cesse agité ? Que de riens, que de
    misères ne faut-il pas que j'expose, dans quels détails révoltants,
    indécents, puérils et souvent ridicules ne dois-je pas entrer pour suivre le
    fil de mes dispositions secrètes, pour montrer comment chaque
    impression qui a fait trace en mon âme y entra pour la première fois ?
    Tandis que je rougis seulement à penser aux choses qu'il faut que je dise,
    je sais que des hommes durs traiteront encore d'impudence l'humiliation
    des plus pénibles aveux ; mais il faut faire ces aveux ou me déguiser ; car
    si je tais quelque chose on ne me connaîtra sur rien, tant tout se tient,
    tant tout est un dans mon caractère, et tant ce bizarre et singulier
    assemblage a besoin de toutes les circonstances de ma vie pour être bien
    dévoilé.
    Si je veux faire un ouvrage écrit avec soin comme les autres, je ne me
    peindrai pas, je me farderai. C'est ici de mon portrait qu'il s'agit et non
    pas d'un livre. Je vais travailler pour ainsi dire dans la chambre obscure ;
    il n'y faut point d'autre art que de suivre exactement les traits que je vois
    marqués. Je prends donc mon parti sur le style comme sur les choses. Je
    ne m'attacherai point à le rendre uniforme ; j'aurai toujours celui qui me
    viendra, j'en changerai selon mon humeur sans scrupule, je dirai chaque
    chose comme je la sens, comme je la vois, sans recherche, sans gêne,
    sans m'embarrasser de la bigarrure. En me livrant à la fois au souvenir de
    l'impression reçue et au sentiment présent je peindrai doublement l'état
    de mon âme, savoir au moment où l'événement m'est arrivé et au
    moment où je l'ai décrit ; mon style inégal et naturel, tantôt rapide et
    tantôt diffus, tantôt sage et tantôt fou, tantôt grave et tantôt gai fera lui même partie de mon histoire. Enfin quoi qu'il en soit de la manière dont
    cet ouvrage peut être écrit, ce sera toujours par son objet un livre
    précieux pour les philosophes : c'est je le répète, une pièce de
    comparaison pour l'étude du coeur humain, et c'est la seule qui existe.
    (Rousseau, Manuscrit de Neuchâtel, Prologue)