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Commentaire composé VIe tableau, scène II de “Les mains sales

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Jean-Paul Sartre Les mains sales
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur la scène 2 (VIe tableau) des Mains Sales de Sartre. Notre analyse sur la scène 2, tableau VI des Maisons Sales de Sartre a été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “Les mains sales”

    L'action se situe pendant la Seconde Guerre mondiale dans un pays imaginaire d'Europe de l'Est. Sartre utilise le contexte politique de l'époque, la Guerre froide, et des dilemmes qui se posent à certains partis communistes européens qui hésitent entre l'alliance avec d'autres partis plus modérés ou la lutte solitaire pour le pouvoir.

    Hoederer est un des dirigeants du parti et est partisan d'une alliance. Les autres le considèrent comme un traître et veulent le supprimer.

    Texte étudié : Sartre, Les mains sales, VIe tableau, scène II

    HOEDERER
    De toute façon, tu ne pourrais pas faire un tueur. C'est une affaire de
    vocation.
    HUGO
    N'importe qui peut tuer si le Parti le commande.
    HOEDERER
    Si le Parti te commandait de danser sur une corde raide. tu crois que tu
    pourrais y arriver? On est tueur de naissance. Toi, tu réfléchis trop tu ne
    pourrais pas.
    HUGO
    Je pourrais si je l'avais décidé.
    HOEDERER
    Tu pourrais me descendre froidement d'une balle entre les deux yeux
    parce que je ne suis pas de ton ~ avis sur la politique?
    HUGO
    Oui, Si je l'avais décidé ou si le Parti me l'avait commandé.
    HOEDERER
    Tu m'étonnes. (Hugo va pour plonger la main dans sa poche mais
    Hoederer la lui saisit et l'élève légèrement au-dessus de la table.)
    Suppose que cette main tienne une arme et que ce doigt-là soit posé sur
    la gâchette...
    HUGO
    Lâchez ma main
    HOEDERER, sans le lâcher.
    Suppose que je sois devant toi, exactement (comme je suis et que tu me
    vises...
    HUGO
    Lâchez moi et travaillons.
    HOEDERER
    Tu me regardes et au moment de tirer, voilà que tu penses \" Si c'était lui
    qui avait raison? \" Tu te rends compte?
    HUGO
    Je n'y penserais pas. Je ne penserais à rien d'autre qu'à tuer.
    HOEDERER
    Tu y penserais un intellectuel, il faut que ça pense. Avant même de
    presser sur la gâchette tu aurais déjà vu toutes les conséquences
    possibles de ton acte tout le travail d'une vie en ruine, une politique
    flanquée par terre, personne pour me remplacer, le Parti condamné peutêtre
    à ne jamais prendre le pouvoir...
    HUGO
    Je vous dis que je n'y penserais pas!
    HOEDERER
    Tu ne pourrais pas t'en empêcher. Et ça vaudrait mieux parce que, tel que
    tu es fait, si tu n'y pensais pas avant, tu n'aurais pas trop de toute ta vie
    pour y penser après. (Un temps.) Quelle rage avez-vous tous de jouer aux
    tueurs? Ce sont des types sans imagination . ça leur est égal de donner la
    mort parce qu'ils n'ont aucune idée de ce que c'est que la vie. Je préfère
    les gens qui ont peur de la mort des autres c'est la preuve qu'ils savent
    vivre.
    HUGO
    Je ne suis pas fait pour vivre, je ne sais pas ce que c'est que la vie et je
    n'ai pas besoin de le savoir. Je suis de trop, je n'ai pas ma place et je
    gêne tout le monde; personne ne m'aime, personne ne me fait confiance.
    HOEDERER
    Moi, je te fais confiance.
    HUGO
    Vous?
    HOEDERER
    Bien sûr. Tu es un môme qui a de la peine à passer à l'âge d'homme mais
    tu feras un homme très acceptable si quelqu'un te facilite le passage.Si
    j'échappe à leurs pétards et à leurs bombes, je te garderai près de moi et
    je t'aiderai.
    HUGO
    Pourquoi me le dire? Pourquoi me le dise aujourd'hui?
    HOEDERER, le lâchant.
    Simplement pour te prouver qu'on ne peut pas buter un homme de sangfroid
    à moins d'être un spécialiste.
    HUGO
    Si je l'ai décidé, je dois pouvoir le faire. (Comme à lui-même, avec une
    sorte de désespoir.) Je dois pouvoir le faire.
    HOEDERER
    Tu pourrais me tuer pendant que je te regarde? (Ils se regardent.
    Hoederer se détache de la table et recule d'un t'as.) Les vrais tueurs ne
    soupçonnent même pas ce qui se passe dans les têtes. Toi, tu le sais
    pourrais-tu supporter ce qui se passerait dans la mienne si je te voyais me
    viser? (Un temps. il le regarde toujours.) Veux-tu du café? (Hugo ne
    répond pas.) Il est prêt; je vais t'en donner une tasse. (Il tourne le dos à
    Hugo et verse du café dans une tasse. Hugo se lève et met la main dans
    la poche qui contient le revolver. On voit qu'il lutte contre lui-même. Au
    bout d'un moment, Hoederer se retourne et revient tranquillement vers Ilu
    go en portant une tasse pleine. Il la lui tend.) Prends. (Hugo prend la
    tasse.) A présent donne-moi ton revolver. Allons, donne-le tu vois bien
    que je t'ai laissé ta chance et que tu n'en as pas profité. (Il plonge la main
    dans la poche de Hugo et la ressort avec le revolver.) Mais c'est un
    joujou!
    Il va à son bureau et jette le revolver dessus.
    HUGO
    Je vous hais.
    Hoederer revient vers lui.
    HOEDERER
    Mais non, tu ne me hais pas. Quelle raison aurais tu de me haïr?
    HUGO
    Vous me prenez pour un lâche.
    HOEDERER
    Pourquoi? Tu ne sais pas tuer mais ça n'est pas une raison pour que tu ne
    saches pas mourir. Au contraire.
    HUGO
    J'avais le doigt sur la gâchette.
    HOEDERER
    Oui.
    HUGO
    Et je...
    Geste d'impuissance.
    HOEDERER
    Oui. Je te l'ai dit c'est plus dur qu'on ne pense.
    HUGO
    Je savais que vous me tourniez le dos exprès. C'est pour ça que...
    HOEDERER
    Oh! de toute façon...
    HUGO
    Je ne suis pas un traître!
    HOEDERER
    Qui te parle de ça? La trahison aussi, c'est une affaire de vocation.
    HUGO
    Eux, ils penseront que je suis un traître parce que je n'ai pas fait ce qu'ils
    m'avaient chargé de faire.
    HOEDERER
    Qui, eux? (Silence.) C'est Louis qui t'a envoyé? (Silence.) Tu ne veux rien
    dire c'est régulier. (Un temps.) Ecoute ton sort est lié au mien. Depuis
    hier, j'ai des atouts dans mon jeu et je vais essayer de sauver nos deux
    peaux ensemble. Demain j'irai à la ville et je parlerai à Louis. Il est coriace
    mais je le suis aussi. Avec tes copains, ça s'arrangera. Le plus difficile,
    c'est de t'arranger avec toi-même.
    HUGO
    Difficile? Ça sera vite fait. Vous n'avez qu'à me rendre le revolver.
    (Sartre, Les mains sales, VIe tableau, scène II)