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Louis de Jaucourt

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Le chevalier Louis de Jaucourt, né à Paris le 16 septembre 1704 et mort à Compiègne le 3 février 1779, est un philosophe, écrivain et encyclopédiste français. Cet homme de culture immense est, avec Buffon, l’un des auteurs des articles scientifiques de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert dont il a rédigé près de la moitié des articles des derniers tomes, ou près de 18 000 pour un total de 72 000, au point d’être surnommé l’« esclave de l’Encyclopédie ». Disciple de Montesquieu, il est notamment l’auteur de l’article « esclavage » et « traite des nègres » demandant son abolition ou encore d’articles engagés tels que « guerre », « inquisition », « monarchie », « patrie », « peuple » ou « presse »… Dépeint comme « Un jeune homme au caractère aimable. Il est loin d’être beau, mais ses connaissances sont sûres et étendues », appartenant à la religion réformée, sa famille de vieille noblesse bourguignonne était en butte à la suspicion des autorités. Ceci l’obligea à prendre un faux nom pour se rendre à Genève y étudier la théologie. Il étudia ensuite les sciences exactes et naturelles à Cambridge et la médecine à Leyde, où il fit la connaissance de Tronchin et de Boerhaave et prit le grade de docteur en médecine, sans toutefois avoir l’intention de pratiquer cet art. Revenu en France en 1736, pendant trente ans, il mena une vie presque solitaire, « sans besoins, sans désirs, sans ambition, sans intrigue. » Ne pratiquant la médecine qu’auprès des pauvres, il avait fait don de ses biens pour vivre dans l’austérité. D’un caractère doux et affable, sa seule passion était de rendre service, et quoique sa fortune fut médiocre, il aidait de sa bourse tous ceux qui s’adressaient à lui. Le 8 janvier 1756, Louis de Jaucourt devient membre de la Royal Society de Londres. Ayant décidé de consigner l’enseignement médical qu’il avait acquis dans un grand dictionnaire encyclopédique qui lui demanda vingt ans de travail, son Lexicon medicum universalis, il voulut, une fois l’ouvrage fini le faire imprimer à Amsterdam pour échapper à la censure. Malheureusement le manuscrit, dont il n’existait aucune copie, disparut dans le naufrage du vaisseau qui l’amenait à l’imprimeur hollandais. C’est alors que Diderot lui proposa de contribuer à l’Encyclopédie qu’il venait de commencer. Il accepta et fournit un grand nombre d’articles, mais les adversaires des Lumières réussirent à faire interdire en 1757 la publication quand elle en était au septième volume (jusqu’à l’article Gythium). Alors que les autres collaborateurs renonçaient, Jaucourt n’en continua pas moins son travail grâce à des secrétaires qu’il payait de sa poche, allant jusqu’à rédiger quatre articles par jour. Il a écrit principalement sur les sciences, en particulier la médecine et la biologie, abordant le sujet dans une perspective résolument mécaniste en contraste avec l’autre grand contributeur dans ce domaine, Menuret de Chambaud, qui tenait pour le vitalisme. Quand, après huit ans d’interdiction, les livraisons purent reprendre, Jaucourt avait accumulé assez de matière pour que les dix derniers volumes pussent paraître la même année, en 1765. Une contribution sur deux émanait de sa plume. Dans une telle masse d’écrits, on ne pouvait éviter que tout ne fût pas égal, mais on lit sous la plume de Philipp Blom (« Der Ritter ohne Gesicht », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 14 octobre 2004, p. 48) : « Alors que certaines définitions sont plutôt mal rédigées, on trouve sous le nom de Jaucourt des contributions dont l’éloquence ne le cède en rien aux plus grands noms de son époque, comme les droits des citoyens, les persécutions religieuses ou la liberté de religion.» En public, Diderot faisait l’éloge de Jaucourt mais, en privé, il ne se gênait pas pour le traiter de pédant et ce jugement méprisant a fini par s’imposer, au point qu’on cite rarement Jaucourt parmi les auteurs de l’Encyclopédie, bien que, sans lui, jamais l’ouvrage n’eût été achevé. L’importance de sa contribution à l’Encyclopédie transparait pourtant clairement dans l’éloge dithyrambique que lui fait de lui Diderot dans son Avertissement du tome 8 en 1765 : Si nous avons poussé le cri de joie du matelot, lorsqu’il aperçoit la terre, après une nuit obscure qui l’a tenu égaré entre le ciel et les eaux, c’est à M. le Chevalier de Jaucourt que nous le devons. Que n’a-t-il pas fait pour nous, surtout dans ces derniers temps ? Avec quelle constance ne s’est-il pas refusé à des sollicitations tendres et puissantes qui cherchaient à nous l’enlever ? Jamais le sacrifice du repos, de l’intérêt et de la santé ne s’est fait plus entier et plus absolu. Les recherches les plus pénibles et les plus ingrates ne l’ont point rebuté. Il s’en est occupé sans relâche, satisfait de lui-même, s’il pouvait en épargner aux autres le dégoût. Mais c’est à chaque feuille de cet ouvrage à suppléer ce qui manque à notre éloge ; il n’en est aucune qui n’atteste et la variété de ses connaissances et l’étendue de ses secours. En plus de nombreux articles touchant à la médecine et à la science dans l’Encyclopédie et de son Lexicon medicum universalis en 6 volumes disparu, il est également l’auteur d’une Vie de Leibniz, en 1756, ainsi que d’un grand nombre de mémoires adressés à diverses académies ou sociétés savantes. II était membre de l’académie de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux.