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Paul Morand

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Né en 1888 dans une famille bourgeoise, père artiste, il est un élève médiocre avant de se révéler un étudiant brillant tant à Sciences Po qu’à Oxford. Le sport est aussi pour lui un moyen de se distinguer, de se libérer et de découvrir un vrai bonheur de vivre.

         Reçu major au concours des ambassades, il débute sa carrière à Londres avant de la poursuivre en Europe, Asie et Amérique latine. Ses missions sont entrecoupées de mises en disponibilité qui lui permettent d’écrire. Car dès 1921, Morand va mener une double carrière d’écrivain et de diplomate. Son premier livre, « Tendres stocks », est préfacé par Marcel Proust et il connaît le succès avec « Ouvert la nuit », succès qui ne le quitte plus jusqu’à la guerre. Tant par goût que par nécessité professionnelle, c’est aussi un grand voyageur, voulant toujours « être ailleurs », comme le personnage de Pierre Niox. Snob, mondain, il épouse en 1927 Hélène Soutzo, fille de banquier grec et ancienne princesse par alliance. Bien que couvert de maîtresses, elle sera la femme de sa vie à qui il dédie « L’homme pressé », rajoutant « Mais dédie-t-on un livre à qui l’on dédia sa vie ? » Elle sera aussi son mauvais génie, particulièrement pendant la guerre quand elle reçoit à sa table de hauts dignitaires du régime nazi. Morand qui a toujours été un homme de droite et antisémite se trouve à Londres en juin 40 d’où il préfère retourner en France, malgré l’avis de son gouvernement, plutôt que rejoindre de Gaulle. Proche de Laval, il est nommé ambassadeur en Roumanie puis en Suisse où, après avoir été révoqué, il va vivre des « années d’amertume et de repli », en « réprouvé de la Libération », selon l’expression de Ginette Guitard-Auviste.

         Au seuil des années 50, il est décrit par François Dufay dans « Le soufre et le moisi » comme impubliable, intouchable, infréquentable. Ses livres, édités en Suisse passent inaperçus à Paris. Morand parle « d’écroulement ». Il va en sortir grâce à Jacques Chardonne - un autre réprouvé de l’époque mais qui, lui, est resté en France – et quelques jeunes écrivains de droite que Bernard Frank appellera « les hussards » et qui n’étaient selon l’un d’eux, Michel Déon, ni une école, ni un groupe, mais quelques écrivains ayant eu « le mérite commun d’avoir réintroduit dans le roman le plaisir et la mélancolie de vivre ». Plaisir et mélancolie qui sont deux fils essentiels de la trame de la longue vie et de l’œuvre considérable de Morand.

         Il finira sa vie, reconnu, membre de l’Académie française et ses livres ont à nouveau du succès car Morand a su se renouveler. Chardonne, mort huit ans avant lui, avait dit : « Un jour il bondira, vieux sportif, dans la mort ». C’est exactement ce qu’il fit, comme son héros Pierre Niox, le 26 juillet 1976. Ses cendres sont envoyées par avion –« Monsieur a toujours été très pressé » dira à cette occasion son valet- pour y être mêlées à celles d’Hélène.  Morand, toujours snob, voulut que l’on inscrivit sur sa pierre tombale : « Paul Morand, de l’Académie française ». Marguerite Yourcenar raconta plus tard que, par un ultime pied de nez des dieux, le graveur de pierres italien écrivit « accadémie ».