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Wladyslaw Szpilman

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Wladyslaw Szpilman est né le 5 décembre 1911 à Sosnowiec en Pologne, dans une famille de musiciens. Son père est un bon violoniste et sa mère une pianiste très moyenne. Dans cette ville qui compte à l’époque quatre-vingt mille habitants, il n’y a pas d’orchestre et pas de musique du tout. Seulement un théâtre dramatique. Les parents de Wladyslaw ne sont pas assez riches pour acheter une radio et se contentent de lire les partitions de Tchaïkovski, Scriabine, Beethoven et Brahms qui traînent à la maison. Malheureusement, il n’y a rien de Debussy ou de Ravel.



Le père de Wladyslaw joue dans l’orchestre de Katowice qui se trouve à huit kilomètres de Sosnowiec. En ce temps-là, le compositeur moderne polonais est Szymanowski. Wladyslaw veut devenir musicien mais son père qui doit faire face à une existence difficile s’y oppose. Entêté, Wladyslaw part pour Varsovie et entre au Conservatoire Chopin où il étudie le piano avec Joseph Smidowicz. Il étudie la fugue, l’harmonie et le contrepoint avec le pianiste Aleksander Michalowski qui est à l’époque âgée de soixante-douze ans et presque aveugle.



Après cinq années d’études à Varsovie, Wladyslaw part en 1931 pour l’Académie de musique de Berlin où il travaille avec Kreisler et Arthur Schnabel. C’est à cette époque qu’il compose un concerto pour piano, une suite pour piano, La Vie des machines et un concerto pour violon qui a été joué par Konrad Vinaver, un élève de Carl Flesch, et par Roman Totenberg qui part ensuite aux États-Unis et y devient directeur du Conservatoire de Boston.



En 1932, Wladyslaw retourne en Pologne pendant les vacances pour retrouver ses parents mais en raison de l’atmosphère déjà très tendue qui règne à Berlin, il n’y retourne pas. En janvier 1933, Hitler prend le pouvoir. En ce qui concerne la musique, Berlin est une ville merveilleuse à l’époque. Furtwangler dirige la Philharmonie, Arthur Schnabel et Carl Flesch enseignent à l’Académie. Wladyslaw y rencontre Paul Hindemith et Emanuel Feuemann qui est alors un des plus grands violoncellistes du monde.



Revenu à Varsovie, Wladyslaw entre à la radio où il donne des concerts comme soliste avec l’orchestre. Il joue le concerto de Brahms sous la direction de Fitelberg et en 1939, il rencontre Witold Lutoslawski qui vient tout juste de sortir du conservatoire et qui va jouer un rôle très important dans sa vie. Le récital de Chopin de Wladyslaw est le dernier joué à la radio car le 23 septembre, les Allemands encerclent la ville. Ce soir-là, Wladyslaw joue la Ballade en fa mineur, la Barcerolle, quand soudain, l’électricité saute dans le studio. C’est fini. C’est la capitulation et la tragédie.



C’est le début de la guerre psychologique. Un jour, Wladyslaw apprend qu’il doit porter l’étoile jaune et qu’aucun juif n’a le droit de posséder plus de deux mille zlotys. Il est également interdit à toute famille juive d’occuper plus d’une pièce. Les nazis promulguent des dizaines de lois impossibles à observer et toute infraction est punie de mort. Comme tous les juifs, Wladyslaw dois déménager pour habiter dans le ghetto où les Allemands leur font une guerre totale. L’horreur commence lorsque les premiers tris sont organisés. Les petits enfants sont séparés de leur mère et sont envoyés à Treblinka. Les gens croient qu’ils partent travailler et Wladyslaw le croit aussi.



Wladyslaw se produit en solo dans les cafés du ghetto et fonde un duo piano-violon. Ils jouent chaque soir quatre pièces de musique légère que Wladyslaw compose à cette fin. Un grand nombre de ces chansons qu’il compose pour assurer sa survie dans le ghetto deviendront des succès après la guerre, en Pologne, aux États-Unis et même en Russie.



Wladyslaw n’a plus d’instrument pour travailler personnellement car ses parents, n’ayant pas réussi à trouver un emploi, ont dû tout vendre, même leur très beau piano. La tragédie survient le 22 juillet 1942 à midi quand le ghetto est scindé en deux parties : le petit ghetto relié au grand ghetto par un pont au-dessus de la ville. Des familles sont séparées et il est interdit de franchir le pont. Quand les parents, le frère et la sœur de Wladyslaw sont sélectionnés en 1942, il veut partir avec eux mais les policiers juifs, qui le connaissent comme musicien, l’en empêchent physiquement.



Le ghetto est fermé depuis 1940 quand soudain l’épidémie de typhus se déclare. Les Allemands qui ont très peur d’être contaminés, laissent souffrir les Juifs pendant quelques temps. S’évader est périlleux car tout Polonais qui recueille un juif est passible de la peine de mort. Après le départ de ses parents, Wladyslaw n’a plus d’endroit où habiter car sa chambre a été attribuée à d’autres. Il est également sans travail ce qui signifie la mort car les ridicules rations alimentaires ne sont distribuées qu’à ceux qui ont un emploi. Wladyslaw se rend à l’administration juive du ghetto et les fonctionnaires lui conseillent d’essayer de jouer pour les SS qui aiment la musique. Il refuse et trouve finalement du travail dans un commando qui construit un immeuble à huit kilomètres des murs. Wladyslaw sait qu’il sera liquidé lorsque la maison sera achevée et il décide de s’enfuir. Il alerte des amis polonais qui lui prêtent un appartement vide sans lui demander d’argent. Witold Lutoslawski donne un concert avec un violoniste et lui offre son cachet. Vingt personnes s’unissent pour lui sauver la vie.



Wladyslaw loge ensuite dans l’atelier d’un peintre puis, un ami chef d’orchestre lui prête sa garçonnière. Il s’établit dans une chambre dont il ne sort pas pendant quatre mois. L’endroit étant devenu trop dangereux, Wladyslaw le quitte et se retrouve dans la rue, sans papiers, comme un fantôme. Il met deux heures pour atteindre le domicile d’un ami ingénieur à la radio, qui habite à deux minutes de là. Il est hébergé dans un appartement vide pendant dix jours. Il change encore de cachette pour finalement aboutir dans une chambre où personne ne peut soupçonner sa présence. On lui apporte à manger de temps en temps.



Puis, les juifs se soulèvent avec quelques vieux fusils et combattent pendant six semaines avant d’être anéantis. Le ghetto est rasé. Les SS brûle toutes les maisons encore debout. C’est le mois d’août et Wladyslaw est seul dans la ville détruite et vidée de sa population. Il décide de partir de sa cachette. Des soldats le remarquent et lui crient d’arrêter mais il s’enfuit dans les ruines d’un petit immeuble calciné, puis dans un autre qui tient encore debout. Il ignore cependant que des commandos allemands s'y sont installés. Il se réfugie au grenier mais au bout de trois jours, il n’a plus rien à manger ni à boire. Il descend à l’étage inférieur pour fouiller dans les placards. Soudain, il entend dans son dos un officier allemand lui crier : « Haut les mains ! » L’officier lui dit de ne pas avoir peur. Wladyslaw tente de lui mentir en racontant que cette maison était la sienne avant la guerre. L’officier lui demande sa profession et Wladyslaw répond qu’il est pianiste et compositeur. L’officier lui demande s’il est juif et ils descendent dans l’appartement au-dessous. Ils entrent dans une vaste pièce dont les vitres sont brisées. Au milieu trône un piano à queue. L’officier lui demande de jouer quelque chose. Wladyslaw choisit de jouer une Nocturne de Chopin. L’officier lui demande comment il a réussi à se cacher alors que la ville a été évacuée. Wladyslaw le conduit au grenier. L’officier revient trois fois le voir avec des vêtements et de la nourriture. Il confie à Wladyslaw que les Allemands ont perdu la guerre et que dans trois semaines, ils auront quitté la ville.



La guerre prend fin mais Wladyslaw ne le sait pas et reste dans son grenier. Décembre arrive et le thermomètre descend à moins vingt-cinq. Il n’y a plus rien à boire car l’eau est gelée dans les gouttières. Wladyslaw se résigne à sortir. Il ignore que les Russes ont traversé la Vistule et le premier soldat allemand déguisé en civil le prend en chasse. Un autre soldat surgit avec un brassard de l’armée polonaise et brandit un revolver en criant : « Haut les mains ! ». Wladyslaw lui répond en polonais et se retrouve dans l’appartement occupé par son sauveur allemand trois semaines plus tôt, en train de jouer du piano pour les soldats polonais qui lui apprennent qu’il est le seul civil dans Varsovie détruite. Wladyslaw vit trois semaines en compagnie de ces soldats et retourne enfin à la radio. On l’installe devant un piano et il donne un récital de Chopin improvisé en direct.



En 1946, il publie, sous le titre « Une ville meurt », le récit autobiographique hallucinant des six années de guerre, de la création du ghetto et de l’enfermement des cinq cent mille juifs, de leur extermination, du soulèvement du ghetto, puis de celui de Varsovie, de son errance fantomatique dans une ville systématiquement détruite maison par maison. Ce livre est interdit par les nouvelles autorités, parce qu’il met en évidence la collaboration de juifs, de Polonais, de Russes, d’Ukrainiens, de lituaniens avec le régime barbare et surtout, qu’il y rapporte le secours qu’il a reçu d’un officier allemand (que la censure transforma en officier autrichien).



En 1950, il reçoit une lettre d’un juif allemand qui lui dit que son sauveur, un certain monsieur Wilm Hasenfeld est actuellement détenu dans un camp à Brest-Litvosk. Sa famille a reçu des lettres dans lesquelles il parlait de Wladyslaw. Celui-ci se rend immédiatement voir des personnes importantes pour obtenir sa libération mais en vain. Hasenfeld meurt là-bas d'une hémorragie cérébrale. Le fils de Hasenfeld rend souvent visite à Wladyslaw avec ses enfants et dit venir en Pologne pour voir le lieu où les juifs ont vécu et été exterminés.



En 1961, Wladyslaw Szpilman organise le festival de chansons de Sopot. Il crée également l’Union des Auteurs des Musiques populaires de Pologne.



En 1963, il est directeur de la musique à la Radio Polonaise. Il rejoint le Quintette de Varsovie avec Gimpel comme premier violon. Jusqu’en 1987, l’ensemble donne environ deux mille cinq cents concerts dans le monde entier.



En 1964, il est membre du présidium de l’Union des Compositeurs de Pologne.



En 1998, son fils découvre « Une ville meurt » dans la bibliothèque de son père, et le fait de nouveau publier sous les titres « Das wunderbare Überleben » et « Le Pianiste ».



Après une carrière internationale de compositeur et de pianiste, Wladyslaw Szpilman meurt à Varsovie le 6 juillet 2000.







LE QUINTETTE DE VARSOVIE



Bronislaw Gimpel : premier violon

Né à Lwow dans une famille de musiciens. Son père est chef d’orchestre et son frère Jakob, pianiste. Il étudie le violon au conservatoire de Lwow avec le professeur Wolfsthal, et commence à jouer en public à l’âge de huit ans. Il continue ses études à Vienne avec Robert Pollack et commence à donner des concerts avec l’Orchestre philharmonique de Vienne à quatorze ans, tout en étant l’élève de Carl Flesch. Gimpel joue sur un Guarnerius ayant appartenu à Paganini. Il part pour les États-Unis en 1943 pour échapper aux persécutions nazies. En 1945, il est engagé à New York comme chef et soliste de l’Orchestre de la radio.



Wladyslaw Szpilman : piano.



Tadeusz Wronski : deuxième violon.



Siefan Kamasa : alto.



Aleksander Ciechanski : violoncelle.



L’ensemble a effectué de nombreuses tournées aux États-Unis et dans le monde entier. Ses musiciens ont joué vingt-quatre ans ensemble.



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Source : Myriam Anissimov

« Le Monde » - Le Monde de la Musique No 110 France