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Commentaire composé Le Gateau de “Le Spleen de Paris

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Charles Baudelaire Le Spleen de Paris
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur \"Le Gâteau, XV\" de Baudelaire (Le Spleen de Paris). Cette analyse sur Le Gâteau de Baudelaire été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “Le Spleen de Paris”

    Le Gâteau, poème en prose XV, se présente comme une narration même si le texte comporte dans sa 1ère partie des réflexions sur l'oubli du mal terrestre. Il s'agit manifestement d'une « chose vue ». Choses vues est le titre d'un ouvrage sous forme de journal, de V. Hugo, où l'écrivain a noté certaines scènes vues par lui, et significatives de son époque.
    A cause d'un simple morceau de pain, deux enfants miséreux se livrent une guerre fratricide pour apaiser leur faim. A travers ce récit, on devine que se développe une fable sur l'enfance misérable au XIXème siècle.

    Texte étudié : \"Le Gâteau\" de Baudelaire (issu de \"Le Spleen de Paris\") :

    Je voyageais. Le paysage au milieu duquel j'étais placé était d'une
    grandeur et d'une noblesse irrésistibles. Il en passa sans doute en ce
    moment quelque chose dans mon âme. Mes pensées voltigeaient avec une
    légèreté égale à celle de l'atmosphère; les passions vulgaires, telles que la
    haine et l'amour profane, m'apparaissaient maintenant aussi éloignées
    que les nuées qui défilaient au fond des abîmes sous mes pieds; mon âme
    me semblait aussi vaste et aussi pure que la coupole du ciel dont j'étais
    enveloppé; le souvenir des choses terrestres n'arrivait à mon coeur
    qu'affaibli et diminué, comme le son de la clochette des bestiaux
    imperceptibles qui paissaient loin, bien loin, sur le versant d'une autre
    montagne. Sur le petit lac immobile, noir de son immense profondeur,
    passait quelquefois l'ombre d'un nuage, comme le reflet du manteau d'un
    géant aérien volant à travers le ciel. Et je me souviens que cette sensation
    solennelle et rare, causée par un grand mouvement parfaitement
    silencieux, me remplissait d'une joie mêlée de peur. Bref, je me sentais,
    grâce à l'enthousiasmante beauté dont j'étais environné, en parfaite paix
    avec moi-même et avec l'univers; je crois même que, dans ma parfaite
    béatitude et dans mon total oubli de tout le mal terrestre, j'en étais venu
    à ne plus trouver si ridicules les journaux qui prétendent que l'homme est
    né bon; - quand la matière incurable renouvelant ses exigences, je
    songeai à réparer la fatigue et à soulager l'appétit causés par une si
    longue ascension. Je tirai de ma poche un gros morceau de pain, une
    tasse de cuir et un flacon d'un certain élixir (1) que les pharmaciens
    vendaient dans ce temps-là aux touristes pour le mêler dans l'occasion
    avec de l'eau de neige.
    Je découpais tranquillement mon pain, quand un bruit très léger
    me fit lever les yeux. Devant moi se tenait un petit être déguenillé (2) ,
    noir, ébouriffé, dont les yeux creux, farouches (3) et comme suppliants,
    dévoraient le morceau de pain. Et je l'entendis soupirer, d'une voix basse
    et rauque, le mot: gâteau! Je ne pus m'empêcher de rire en entendant
    l'appellation dont il voulait bien honorer mon pain presque blanc, et j'en
    coupai pour lui une belle tranche que je lui offris. Lentement il se
    rapprocha, ne quittant pas des yeux l'objet de sa convoitise; puis,
    happant le morceau avec sa main, se recula vivement, comme s'il eût
    craint que mon offre ne fût pas sincère ou que je m'en repentisse déjà.
    Mais au même instant il fut culbuté par un autre petit sauvage,
    sorti je ne sais d'où, et si parfaitement semblable au premier qu'on aurait
    pu le prendre pour son frère jumeau. Ensemble ils roulèrent sur le sol, se
    disputant la précieuse proie, aucun n'en voulant sans doute sacrifier la
    moitié pour son frère. Le premier, exaspéré, empoigna le second par les
    cheveux; celui-ci lui saisit l'oreille avec les dents, et en cracha un petit
    morceau sanglant avec un superbe juron patois (4). Le légitime
    propriétaire du gâteau essaya d'enfoncer ses petites griffes dans les yeux
    de l'usurpateur (5) ; à son tour celui-ci appliqua toutes ses forces à
    étrangler son adversaire d'une main, pendant que de l'autre il tâchait de
    glisser dans sa poche le prix du combat. Mais, ravivé par le désespoir, le
    vaincu se redressa et fit rouler le vainqueur par terre d'un coup de tête
    dans l'estomac. A quoi bon décrire une lutte hideuse qui dura en vérité
    plus longtemps que leurs forces enfantines ne semblaient le promettre? Le
    gâteau voyageait de main en main et changeait de poche à chaque
    instant; mais, hélas! il changeait aussi de volume; et lorsque enfin,
    exténués, haletants, sanglants, ils s'arrêtèrent par impossibilité de
    continuer, il n'y avait plus, à vrai dire, aucun sujet de bataille; le morceau
    de pain avait disparu, et il était éparpillé en miettes semblables aux grains
    de sable auxquels il était mêlé.
    Ce spectacle m'avait embrumé le paysage, et la joie calme où
    s'ébaudissait (6) mon âme avant d'avoir vu ces petits hommes avait
    totalement disparu; j'en restai triste assez longtemps, me répétant sans
    cesse: \"Il y a donc un pays superbe où le pain s'appelle du gâteau,
    friandise si rare qu'elle suffit pour engendrer une guerre parfaitement
    fratricide! (7) \"