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Commentaire composé Acte I, scène 2 de “Fantasio

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Alfred de Musset Fantasio
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur l'acte I, scène 2 de Fantasio de Musset. Cette analyse de l'acte I, scène 2 de Fantasio de Musset a été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “Fantasio”

    Fantasio est une oeuvre de Musset. La première représentation de \"Fantasio\" a eu lieu en 1834, c'est un drame romantique au titre éponyme qui raconte la vie d'un petit bourgeois endetté qui tente de s'en sortir par la supercherie, mais qui traîne son désespoir avec ses amis.

    L'extrait que nous allons étudier est la seconde scène du premier acte, un dialogue entre Fantasio et son ami Spark où Fantasio lui exprime son malheur.

    Texte étudié : Acte I, scène 2 de Fantasio de Musset

    SPARK
    Tu me fais l'effet d'être revenu de tout.
    FANTASIO
    Ah ! pour être revenu de tout, mon ami, il faut être allé dans bien des endroits.
    SPARK
    Eh bien donc ?
    FANTASIO
    Eh bien donc ! où veux-tu que j'aille ? Regarde cette vieille ville enfumée ; il n'y a pas de places, de rues, de ruelles où je n'aie rôdé trente fois ; il n'y a pas de pavés où je n'aie traîné ces talons usés, pas de maisons où je ne sache quelle est la fille ou la vieille femme dont la tête stupide se dessine éternellement à la fenêtre ; je ne saurais faire un pas sans marcher sur mes pas d'hier ; eh bien, mon cher ami, cette ville n'est rien auprès de ma cervelle. Tous les recoins m'en sont cent fois plus connus ; toutes les rues, tous les trous de mon imagination sont cent fois plus fatigués ; je m'y suis promené en cent fois plus de sens, dans cette cervelle délabrée, moi son seul habitant ! je m'y suis grisé dans tous les cabarets ; je m'y suis roulé comme un roi absolu dans un carrosse doré ; j'y ai trotté en bon bourgeois sur une mule pacifique, et je n'ose seulement pas maintenant y entrer comme un voleur, une lanterne sourde à la main.
    SPARK
    Je ne comprends rien à ce travail perpétuel sur toi-même ; moi, quand je fume, par exemple, ma pensée se fait fumée de tabac ; quand je bois, elle se fait vin d'Espagne ou bière de Flandre ; quand je baise la main de ma maîtresse, elle entre par le bout de ses doigts effilés pour se répandre dans tout son être sur des courants électriques ; il me faut le parfum d'une fleur pour me distraire, et de tout ce que renferme l'universelle nature, le plus chétif objet suffit pour me changer en abeille et me faire voltiger çà et là avec un plaisir toujours nouveau.
    FANTASIO
    Tranchons le mot, tu es capable de pêcher à la ligne.
    SPARK
    Si cela m'amuse, je suis capable de tout.
    FANTASIO
    Même de prendre la lune avec les dents ?
    SPARK
    Cela ne m'amuserait pas.
    FANTASIO
    Ah ! ah ! qu'en sais-tu ? Prendre la lune avec les dents n'est pas à dédaigner. Allons jouer au trente-et-quarante.
    SPARK
    Non, en vérité.
    FANTASIO
    Pourquoi ?
    SPARK
    Parce que nous perdrions notre argent.
    FANTASIO
    Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que tu vas imaginer là ! Tu ne sais quoi inventer pour te torturer l'esprit. Tu vois donc tout en noir, misérable ! Perdre notre argent ! tu n'as donc dans le cœur ni foi en Dieu ni espérance ? tu es donc un athée épouvantable, capable de me dessécher le cœur et de me désabuser de tout, moi qui suis plein de sève et de jeunesse !
    Il se met à danser.
    SPARK
    En vérité, il y a de certains moments où je ne jurerais pas que tu n'es pas fou.
    FANTASIO, dansant toujours
    Qu'on me donne une cloche ! une cloche de verre !
    SPARK
    A propos de quoi une cloche ?
    FANTASIO
    Jean-Paul n'a-t-il pas dit qu'un homme absorbé par une grande pensée est comme un plongeur sous sa cloche, au milieu du vaste Océan ? Je n'ai point de cloche, Spark, point de cloche, et je danse comme Jésus-Christ sur le vaste Océan.
    SPARK
    Fais-toi journaliste ou homme de lettres, Henri, c'est encore le plus efficace moyen qui nous reste de désopiler la misanthropie et d'amortir l'imagination.
    FANTASIO
    Oh ! je voudrais me passionner pour un homard à la moutarde, pour une grisette, pour une classe de minéraux. Spark ! essayons de bâtir une maison à nous deux.
    SPARK
    Pourquoi n'écris-tu pas tout ce que tu rêves ? cela ferait un joli recueil.
    FANTASIO
    Un sonnet vaut mieux qu'un long poème, et un verre de vin vaut mieux qu'un sonnet.
    Il boit.
    SPARK,
    Pourquoi ne voyages-tu pas ? va en Italie.
    FANTASIO
    J'y ai été.
    SPARK
    Eh bien ! est-ce que tu ne trouves pas ce pays-là beau ?
    FANTASIO
    Il y a une quantité de mouches grosses comme des hannetons qui vous piquent toute la nuit.
    SPARK
    Va en France.
    FANTASIO
    Il n'y a pas de bon vin du Rhin à Paris.
    SPARK
    Va en Angleterre.
    FANTASIO
    J'y suis. Est-ce que les Anglais ont une patrie ? J'aime autant les voir ici que chez eux.
    SPARK
    Va donc au diable, alors.
    FANTASIO
    Oh ! s'il y avait un diable dans le ciel ! s'il y avait un enfer, comme je me brûlerais la cervelle pour aller voir tout ça ! Quelle misérable chose que l'homme ! ne pas pouvoir seulement sauter par sa fenêtre sans se casser les jambes ! être obligé de jouer du violon dix ans pour devenir un musicien passable ! Apprendre pour être peintre, pour être palefrenier ! Apprendre pour faire une omelette ! Tiens, Spark, il me prend des envies de m'asseoir sur un parapet, de regarder couler la rivière, et de me mettre à compter un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, et ainsi de suite jusqu'au jour de ma mort.
    SPARK
    Ce que tu dis là ferait rire bien des gens ; moi, cela me fait frémir : c'est l'histoire du siècle entier. L'éternité est une grande aire, d'où tous les siècles, comme de jeunes aiglons, se sont envolés tour à tour pour traverser le ciel et disparaître ; le nôtre est arrivé à son tour au bord du nid ; mais on lui a coupé les ailes, et il attend la mort en regardant l'espace dans lequel il ne peut s'élancer.