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Commentaire composé L'enfer de l'usine de “L'Ecume Des Jours

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Boris Vian L'Ecume Des Jours
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur « L'enfer de l'usine » de Boris Vian. Cette analyse  sur L'enfer de l'usine de Boris Vian a été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “L'Ecume Des Jours”

    Dans \"L'écume des jours\" Colin et Chloé cherchent à vivre intensément leur amour, mais une maladie va emporter prématurément Chloé. Le roman devient le symbole de l'homme face à son destin.

    Ce texte, extrait du chapitre 48, permet à Vian de critiquer le monde du travail. L'apparition de cette scène souligne l'importance croissante des problèmes matériels et financiers dans la seconde partie du livre. Vian nous propose, dans cet épisode, une vision dramatique du monde du travail assez proche des Temps modernes de Charlie Chaplin. Cependant l'impression cauchemardesque est peut-être dominante et nous ne rions à aucun moment.

    Texte étudié : « L'enfer de l'usine » (de Boris Vian)

    Chick passa la poterne de contrôle et donna sa carte à pointer à la
    machine. Comme d'habitude, il trébucha sur le seuil de la porte
    métallique du passage d'accès aux ateliers et une bouffée de vapeur et
    de fumée noire le frappa violemment à la face. Les bruits
    commençaient à lui parvenir : sourd vrombissement des
    turboalternateurs généraux, chuintement des ponts roulants sur les
    poutrelles entrecroisées, vacarme des vents violents, de l'atmosphère
    se ruant sur les tôles de la toiture. Le passage était très sombre,
    éclairé tous les six mètres, par une ampoule rougeâtre, dont la lumière
    ruisselait paresseusement sur les objets lisses, s'accrochant, pour les
    contourner, aux rugosités des parois et du sol. Sous ses pieds, la tôle
    bosselée était chaude, crevée par endroits, et l'on apercevait, par les
    trous, la gueule rouge et sombre des fours de pierre tout en bas. Les
    fluides passaient en ronflant dans de gros tuyaux peints en gris et
    rouge, au-dessus de sa tête, et, à chaque pulsation du coeur mécanique
    que les chauffeurs mettaient sous pression, la charpente s'infléchissait
    légèrement vers l'avant avec un faible retard et une vibration profonde.
    Des gouttes se formaient sur la paroi, se détachant parfois lors d'une
    pulsation plus forte, et, quand une de ces gouttes lui tombait sur le
    cou, Chick frissonnait. C'était une eau terne et qui sentait l'ozone. Le
    passage tournait tout au bout, et le sol, maintenant, à claire-voie,
    dominait les ateliers.
    En bas, devant chaque machine trapue, un homme se débattait,
    luttant pour ne pas être déchiqueté par les engrenages avides. Au pied
    droit de chacune, un lourd anneau de fer était fixé. On ne l'ouvrait que
    deux fois par jour : au milieu de la journée et le soir. Ils disputaient
    aux machines les pièces métalliques qui sortaient en cliquetant des
    étroits orifices ménagés sur le dessus. Les pièces retombaient presque
    immédiatement, si on ne les recueillait pas à temps, dans la gueule,
    grouillante de rouages, où s'effectuait la synthèse.
    Il y avait des appareils de toutes les tailles. Chick connaissait bien ce
    spectacle. Il travaillait au bout de l'un de ces ateliers et devait contrôler
    la bonne marche des machines et donner aux hommes des indications
    pour les remettre en état lorsqu'elles s'arrêtaient après leur avoir
    arraché un morceau de chair.
    Pour purifier l'atmosphère, de longs jets d'essence traversaient
    obliquement la pièce, luisants de reflets, par places, et condensant
    autour d'eux les fumées et les poussières de métal et d'huile chaude
    qui montaient en colonnes droites et minces au-dessus de chaque
    machine. Chick releva la tête. Les tuyaux le suivaient toujours. Il arriva
    à la cage de la plate-forme de descente, entra et referma la porte
    derrière-lui. Il tira de sa poche un livre de Partre, pressa le bouton de
    commande et se mit à lire en attendant d'atteindre le sol.
    Le choc sourd de la plate-forme sur le butoir le tira de sa torpeur. Il
    sortit et gagna son bureau, une boîte vitrée et faiblement éclairée d'où
    il pouvait surveiller les ateliers. Il s'assit, rouvrit son livre et reprit sa
    lecture, endormi par la pulsation des fluides et les rumeurs des
    machines.
    Une discordance dans le vacarme lui fit soudain lever les yeux. Il
    chercha d'où provenait le bruit suspect. Une des jets de purification
    venait de s'arrêter net au milieu de la salle et restait en l'air comme
    tranché en deux. Les quatre machines qu'il avait cessé de desservir,
    trépidaient. On les voyait remuer à distance, et, devant chacune
    d'elles, une forme s'affaissait peu à peu. Chick posa son livre et se rua
    au-dehors. Il courut vers le tableau de manoeuvre des jets et baissa
    rapidement une poignée. Le jet brisé restait immobile. On eût dit une
    lame de faux et les fumées de quatre machines montaient en l'air en
    tourbillonnant. Il abandonna le tableau et se précipita vers les
    machines. Elles s'arrêtaient lentement. Les hommes qui y étaient
    affectés gisaient à terre. Leur jambe droite repliée formait un angle
    bizarre, à cause de l'anneau de fer et leurs quatre mains droites étaient
    sectionnées au poignet. Le sang brûlait au contact du métal de la
    chaîne et répandait dans l'air une odeur horrible de bête vivante
    carbonisée.
    Chick, au moyen de sa clef, défit les anneaux qui retenaient les
    corps et étendit ceux-ci devant les machines. Il regagna son bureau, et
    commanda, par téléphone, les brancardiers de service. Il revint ensuite
    près du tableau de manoeuvre et tenta de remettre le jet en marche.
    Rien n'y faisait. Le liquide partait bien droit, mais, arrivé au niveau de
    la quatrième machine, disparaissait sur place, et l'on apercevait la
    tranche du jet, aussi nette que s'il eût été sectionné d'un coup de
    hache.
    Tâtant, avec ennui, son livre dans sa poche, il se dirigea vers le
    Bureau Central. Au moment de quitter l'atelier, il s'effaça pour laisser
    sortir les brancardiers qui avaient empilé les quatre corps sur un petit
    chariot électrique et s'apprêtaient à la déverser dans le Collecteur
    Général.
    Boris Vian, L'écume des jours, L'enfer de l'usine)