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Commentaire composé Incipit de “L'Amant

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Marguerite Duras L'Amant
  • Résumé du commentaire composé

    Commentaire composé sur l'incipit de L'amant de Marguerite Duras. Cette analyse de L'incipit de L'amant de Marguerite Duras a été rédigée par un professeur de français.

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  • Extrait du résumé

    Extrait du commentaire composé du livre
    “L'Amant”

    L'Amant, roman autobiographique publié en 1984, évoque les amours d'une jeune fille blanche et d'un riche banquier chinois au Viêt-Nam français.

    Dans ce passage constituant l'incipit du roman, Marguerite Duras reprend le topo de la « première rencontre ».

    Texte étudié : L'amant : Duras : incipit :

    Un jour, j'étais âgée déjà, dans le hall d'un lieu public, un homme est
    venu vers moi. Il s'est fait connaître et il m'a dit : « Je vous connais
    depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez
    jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle
    maintenant que lorsque vous étiez jeune, j'aimais moins votre visage de
    jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »
    Je pense souvent à cette image que je suis seule à voir encore et dont je
    n'ai jamais parlé. Elle est toujours là dans le même silence, émerveillante.
    C'est entre toutes celle qui me plaît de moi-même, celle où je me
    reconnais, où je m'enchante.
    Très vite dans ma vie il a été trop tard. À dix-huit ans il était déjà trop
    tard. Entre dix-huit et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une
    direction imprévue. À dix-huit ans j'ai vieilli. Je ne sais pas si c'est tout le
    monde, je n'ai jamais demandé. Il me semble qu'on m'a parlé de cette
    poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu'on traverse les
    âges les plus jeunes, les plus célébrés de la vie. Ce vieillissement a été
    brutal. Je l'ai vu gagner un à un mes traits, changer le rapport qu'il y avait
    entre eux, faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus
    définitive, marquer le front de cassures profondes. Au contraire d'en être
    effrayée j'ai vu s'opérer ce vieillissement de mon visage avec l'intérêt que
    j'aurais pris par exemple au déroulement d'une lecture. Je savais aussi
    que je ne me trompais pas, qu'un jour il se ralentirait et qu'il prendrait
    son cours normal. Les gens qui m'avaient connue à dix-sept ans lors de
    mon voyage en France ont été impressionnés quand ils m'ont revue, deux
    ans après, à dix-neuf ans. Ce visage-là, nouveau, je l'ai gardé. Il a été
    mon visage. Il a vieilli encore bien sûr, mais relativement moins qu'il
    n'aurait dû. J'ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau
    cassée. Il ne s'est pas affaissé comme certains visages à traits fins, il a
    gardé les mêmes contours mais sa matière est détruite. J'ai un visage
    détruit. (Marguerite DURAS, L'Amant (1984), Début du roman, Incipit)